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SeneRap: les producteurs locaux

Par Alpha Dia

On parle souvent des MC's sénégalais, mais pas toujours de leurs architectes musicaux. Or il est incontestable que ceux ci ont eux aussi contribué à l’édification du temple Hip Hop au Sénégal, autant par la quantité que par la grande qualité de leurs productions. Aujourd’hui, on ne compte pas moins d’une dizaine de producteurs installés à Dakar, entre lesquels se partage l’essentiel de la production locale.

Le tout premier (chronologiquement parlant) de ces producteurs a pour nom Daniel Gomez. Il a participé activement au tiercé historique du hip hop sénégalais, à savoir le premier Positive Black Soul (Boul fale-1994), le premier Daara J (album éponyme Daara J-1995), et le premier P.Froiss (Wala wala bok-1996). Il s’est fait par la suite plus discret, puisque depuis, il n’a participé qu’à trois autres albums : il a notamment produit un titre pour PBS dans Sénérap 1 (1997), puis un second dans l’avant dernier P. Froiss (Affair bou graw-1997), et enfin cinq autres pour Da Brains (Da Brains-1998). Il s’est peut être éloigné du rap pour des raisons d’opportunité, dans la mesure où bien avant ses collaborations avec des MC’s de la place, il avait monté son propre groupe musical, avec des sonorités assez éloignées du hip hop. Dés lors y a t-il lieu de considérer que le temps lui fait peut être défaut pour être davantage présent au sein de la scéne hip hop.

Un autre producteur présent depuis le début se trouve être Tonton Mac, peut être le Dr Dre sénégalais, tant il est vrai qu’il présente une double casquette de MC et de producteur. Il fut un des deux MC’s du Sunu Flavour, et depuis l’éclatement de ce crew (survenu au début de cette année 99), il poursuit une carriére solo. Il a toujours produit les musiques du Sunu Flavour (les trois albums Bi Boor-1995, Nell Fess-1996 et Togne-1997), ainsi que son premier album solo (Saloum Ghetto-1998). Sa premiére production hors Sunu Flavour date de 1997, avec notamment Boul N Baî (Mama Africa). Ensuite, ce fut avec les deux volumes de la compilation Petits fréres-(1997), véritables pépiniéres, puisque sur les 13 crews ayant participé à ces compil, 5 ont par la suite mis sur le marché leurs propres productions (Bamba J. Fall, Soul B, African Mbolo, Ndiaf-a-ngara et tout derniérement Leer gui). Ce sera par contre véritablement lors des années 1998 et 1999 que ses talents de producteur vont exploser, puisque pendant ces deux derniéres années, d’innombrables productions vont porter sa griffe, et pas des moindres. C’est le cas par exemple pour la bombe Rap’adio (Ku weet sam sa boppa-1998), premier d’une longue série. Ensuite, Alif (Viktim-1998), Bamba J. Fall (Gem ak Jef-1998), Ndiaf-a-ngara (Ayoo-1999), Da Fugitivz (Fu 4 life-1999), la compilation D-Kill Rap (1999), et pour finir le dernier P.Froiss (Ah Sim-1999). On remarquera au passage la grande variété de ses productions et du même coup de ses collaborations. Sunu Flavour, son posse d’origine, était par exemple champion dans les crossover et les ballades amoureuses, alors même que Rap’adio, grand défenseur de l’underground, se fait lui le champion du hardcore (pour la petite histoire, rappelons que Rap’adio s’en prend au crew de Tonton mac dans le titre Xibaru underground, ce qui n’a quand même pas empêché leur collaboration !). Quoiqu’il en soit, il est incontestable que tonton mac est ce jour le producteur le plus actif de la scéne hip hop au Sénégal, une quinzaine d’albums portant sa signature. D’ailleurs il est aujourd’hui un producteur complet, puisqu’il a également monté son propre studio (Sunu studio), dans lequel sont enregistrés, mixés et réalisés tous les albums qui portent sa griffe. Et performance assez remarquable pour que nous insistions là-dessus, il intervient à toutes les étapes de la chaîne de production (prises de voix, composition musicale et arrangements, mixage, etc.). Et même s’il entend poursuivre une carriére solo (lui et son acolyte Doctor Mac s’étant en effet séparés, au grand dam des fans du Sunu flavour ), il y a fort à parier que c’est sa carriére de producteur prendra le pas sur tout le reste. Les paris sont en tout cas ouverts …

Un autre producteur assez actif se trouve être Philippe Monteiro. Il apparaît pour la premiére fois avec l’album de Jef-J (Benn benal-1997), et confirme ses talents avec celui de Domou Jolof (la banlieue attak-1997), le tout avec des beats assez groove. Par la suite, il enchaînera avec Peace and Peace (diam ak diam-1998), et la même année, il se paiera une collaboration avec PBS (deux titres dans l’album Wakh Feign). Il a également participé, toujours en 1998, à l’album Xalima de Daara J, pour lequel il s’est chargé de la pré-production de trois titres. Et en 1999, deux autres crews auront profité de ses services : Ndiaf-a-ngara (Ayoo) et BBC (Thioukouly). Dans le passé, il avait également collaboré avec VIB, à l’époque où celui ci était encore un des rois de l’underground dakarois (P. Monteiro n’est en effet pas présent sur le récent album de VIB Roots and radical, sans doute la meilleure sortie hip hop de cette année 1999).

Mouss Diouf lui, dés sa premiére production, aura réussi un coup de maître, puisque c’est à lui qu’on doit le son si brut et si reconnaissable de l’album de Yatfu («Fenku Yatfu-1998). Par la suite, ses beats assez épurés profiteront à Da Brains (Da brains-1998), puis à Black Mbolo (Wadiour dou morom-1999). Tout aussi prometteur, Fons Ndour, qui fut l’architecte musical de l’excellent Wa BMG 44 (Ji hard’kor-1998), puis de Gestu Gi (Lou doy waar-1999). Et puisque «charité bien ordonnée commence par soi même, il s’est lui même auto-produit pour son album solo (Yaryo nakk-1999). Certes ce ne fut pas un album 100% hip hop (s’y trouvent en effet mélangés hip hop, mbalax, soul, salsa, etc.), mais on peut quand même y trouver des sonorités assez intéressantes. Quant à Frank-Habib-Vincent, trois productions à son actif : le remarquable second album de P. Froiss (Affair bou graw-1997), puis la deuxiéme production de Jant Bi (Bop sa bop-1997), et enfin Diwan J (album éponyme Diwan J-1999). Aziz Dieng, bien que depuis longtemps présent dans le milieu hip hop (c'est dans son studio Midi Music que bien des maquettes auront été conçues, et même quelques albums dont les premiers PBS, P.Froiss ou Daara J), ne s’est cependant lancé que depuis peu dans la production : quelques titres dans le second album de Black Mbolo (Wadiour dou borom-1998), puis l’essentiel du second Domou Jolof (Bataaxal-1999). Quant à Robert Lahoud, par ailleurs producteur trés actif au sein de la musique sénégalaise (de nombreuses collaborations avec Coumba Gawlo, Cheikh Lô, Souleymane Faye, etc.), il s’est permis une incursion dans le milieu hip hop, du fait de sa participation au premier album de Black Mbolo (Mbindan dou diam-1997). Néanmoins, il n’y eut pas de suite, puisque l’expérience ne fut pas renouvelée.

Autres nouveaux producteurs sur la scéne hip hop dakaroise : Alain Dione qui a produit l’album de Soul Bi (Tann ci ben-1998), Sady Dioum avec Tim timol (Diarama-1999) et qui auparavant avait collaboré à plusieurs reprises aux productions de tonton mac, Ablaye Diagne qui a produit la totalité des titres de Jef Wareef (Euleuk dou wees-1999), Lamine Faye (à ne pas confondre avec un autre Lamine Faye, leader celui là du groupe de mbalax Lemzo diamono) qui a produit un titre dans le dernier P. Froiss (Ah sim-1999).

De nombreux autres musiciens connus, sans pour autant aller jusqu’à produire des albums hip hop, auront collaboré avec des MC’s de la place. On peut ainsi citer le bassiste-claviste-arrangeur de Youssou Ndour, Habib Faye qui fut à l’origine de la musique de ce qui est aujourd’hui considéré comme le premier titre rap sénégalais en 1988 avec Sama yaye de Mbacké Dioum. Le même Habib Faye a ensuite collaboré avec P. Froiss (album Affair bou graw-1997), et enfin avec Daara J (album Xalima-1998). Un autre musicien de Youssou Ndour peut être ici cité, à savoir le percussionniste Babacar Faye, qu’on retrouve sur différents albums de PBS, Daara J, P. Froiss. Le grand tambour-major mondialement connu Doudou Ndiaye Rose est quant à lui présent sur un titre de Da Brains (1998). Idem pour Lamine Faye (du Lemzo diamono ), mais avec Black Mbolo (1998) cette fois ci. Quant à Laye Kane, guitariste de Pape Niang, il aura participé à tous les trois albums de P. Froiss.

La liste, loin de s’arrêter là, pourrait être poursuivie. Et tout ce qu’il faudrait en déduire, c’est peut être qu’ici réside le secret qui explique le succés du hip hop sénégalais : certes des MC’s de qualité, mais aussi des musiciens et des producteurs efficaces. Du reste, ce savoir-faire commence-t-il à s’exporter, puisque par exemple tonton mac (encore lui !) aura produit deux crews de la sous-région : Kill Point de la Guinée, et Da Fugitivz de la Gambie. La saga ne ferait-elle que commencer ?

Vers page 2: Les producteurs etrangers





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